Les dépenses publiques en France de 1975 à 2025
François ECALLE
Cette note présente l’évolution des dépenses publiques de 1975 à 2025 par nature, par catégorie d’administrations et par fonction.
De 1975 à 2025, le rapport des dépenses publiques au PIB a augmenté de 11,0 points. Sa hausse a été particulièrement forte (+ 8,0 points) de 1975 à 1985. Il s’est ensuite situé sur une tendance plus modérément croissante de 1985 à 2010 (+ 3,5 points) puis légèrement baissière, avec de fortes variations annuelles, de 2010 à 2025 (- 0,5 point).
La croissance des dépenses publiques en volume a en effet diminué avec le temps : 3,2 % en moyenne annuelle de 1975 à 1990 puis 2,4 % de 1991 à 2010 et 1,2 % de 2011 à 2025. Même si la croissance du PIB a aussi diminué, la progression du rapport des dépenses au PIB est devenue moins forte.
Cette augmentation de 11,0 points de PIB de 1975 à 2025 est due aux prestations sociales pour 8,5 points, aux subventions et autres transferts pour 1,5 points, à la masse salariale des administrations publiques pour 0,5 point. Le poids des achats courants de biens et services n’a quasiment pas varié. Celui des investissements a baissé de 1,0 point.
La charge des intérêts de la dette publique a d’abord augmenté en pourcentage du PIB, de 0,9 % en 1975 à 3,6 % en 1996 ; la baisse des taux d’intérêt l’a ensuite fait décroître, malgré la hausse de la dette, jusqu’à 1,3 % du PIB en 2020. Elle est depuis remontée jusqu’à 2,2 % en 2025.
Les dépenses par catégorie d’administrations publiques ne sont disponibles que de 1978 à 2025. Sur cette période, les dépenses des administrations sociales se sont accrues de 7,8 points en pourcentage du PIB. Celles des administrations locales ont augmenté de 3,1 points, pour environ la moitié du fait de transferts de compétences de l’Etat. Le poids des administrations centrales a diminué de 1,4 point.
Les dépenses publiques par fonction ne sont disponibles que de 1995 à 2024. Sur cette période, le total des dépenses publiques primaires (hors intérêts de la dette) a augmenté de 2,5 points en pourcentage du PIB.
Les retraites y ont contribué pour 2,0 points et les dépenses de santé pour 1,9 point. Les dépenses affectées à la sécurité intérieure (justice et forces de l’ordre), à la protection de l’environnement, à la lutte contre l’exclusion et à la culture et aux loisirs y ont contribué à hauteur de 1,5 point au total.
Les principales baisses ont concerné : les services généraux (- 0,8 point), les affaires économiques (- 0,7 point), la défense (- 0,7 point), l’éducation (- 0,7 point) et la politique familiale (- 0,4 point), soit une diminution totale de 3,3 points pour ces fonctions.
A) Le total des dépenses publiques
Le rapport des dépenses publiques au PIB a d’abord augmenté de 8,0 points entre 1975 et 1985, passant de 46,2 % du PIB en 1975 à 54,2 % en 1985.
De 1985 à 2010, il est resté sur une tendance croissante, mais plus modérée, ce qui l’a conduit jusqu’à 57,7% du PIB en 2010, soit une hausse de 3,5 points. De 2010 à 2025, il a diminué de 0,5 point pour revenir à 57,2 % en 2025 avec de fortes variations annuelles.

Source : Insee ; FIPECO
Les fluctuations de ce ratio tiennent pour beaucoup à celles de son dénominateur, l’activité économique mesurée par le PIB : reprise d’une forte croissance à la fin des années 1980 ; récession du début des années 1990 ; forte reprise de la croissance à la fin de cette décennie ; crise de 2008-2009 ; rebond en 2010-2011 et faible croissance des années 2012 à 2016 ; reprise de la croissance en 2017 ; récession de 2020 et rebond de l’activité en 2021-2022.
Il n’existe pas d’indice de prix adapté pour déflater l’ensemble des dépenses publiques et mesurer leur croissance en volume. A défaut, l’indice des prix à la consommation est souvent retenu mais l’indice du prix du PIB a pour avantage de permettre d’estimer une croissance des dépenses en volume cohérente et comparable avec la croissance du PIB en volume (voir la fiche de ce site sur la croissance des dépenses publiques).
Si on retient le prix du PIB comme déflateur, le taux de croissance des dépenses publiques en volume a nettement diminué avec le temps. Il a été en moyenne annuelle de 3,2 % de 1975 à 1990, de 2,4 % de 1991 à 2010 et de 1,2 % de 2011 à 2025 (avec de fortes variations annuelles dues notamment aux dépenses exceptionnelles de soutien et de relance de l’activité). La croissance en volume du PIB a elle aussi diminué, ce qui explique le maintien de la progression du rapport des dépenses au PIB puis sa relative stabilité sur les 15 dernières années. La croissance des dépenses ne s’est adaptée que très progressivement à un régime de croissance de l’activité économique beaucoup plus faible à la suite du premier choc pétrolier.


Source : Insee ; FIPECO.
B) Les dépenses par nature
Sur les 11,0 points de hausse des dépenses publiques en pourcentage du PIB entre 1975 et 2025, les prestations sociales (en espèces et en nature) en expliquent 8,5. Elles sont en effet passées de 17,2 % du PIB en 1975 à 25,7 % en 2025. Elles ont connu des périodes de forte hausse, en général les mêmes que pour le total des dépenses publiques, suivies d’une relative stabilisation et rarement d’une baisse.
La masse salariale des administrations publiques (hors cotisations de l’Etat employeur) est passée de 10,2 % du PIB en 1975 à 11,8 % en 1985. Ensuite, elle s’est inscrite sur une tendance légèrement décroissante pour revenir à 10,6 % du PIB en 2025 avec des fluctuations limitées.
En pourcentage du PIB, les subventions et autres transferts (aux entreprises, aux ménages et aux organisations internationales comme l’Union européenne) ont d’abord été quasiment stables de 1975 à 2005, aux environs de 5,0 %, puis se sont inscrits sur une tendance croissante, en passant de 5,3 % en 2005 à 8,2 % en 2021 pour revenir à 6,4 % en 2025, soit une contribution d’environ 1,5 point à la progression globale des dépenses de 1975 à 2025.

Source : Insee ; FIPECO ; masse salariale hors cotisations de l’Etat employeur.
Les achats courants de biens et services (consommations intermédiaires en comptabilité nationale) ont peu varié au cours de ces 50 années (5,7 % du PIB en 1975 et 5,4 % en 2025).
Les investissements des administrations publiques se situent sur une tendance plus nettement décroissante en pourcentage du PIB qui les a fait passer de 5,3 % en 1975 à 4,4 % en 2025.
En pourcentage du PIB, la charge des intérêts de la dette publique a d’abord augmenté de 0,9 % en 1975 jusqu’à 3,6 % en 1996 ; la baisse des taux d’intérêt l’a ensuite fait décroître malgré la hausse de la dette, jusqu’à 1,3 % en 2020. Elle est de nouveau croissante (2,2 % en 2025).

Source : Insee ; FIPECO
C) Les dépenses par catégories d’administrations publiques
Les dépenses publiques sont ventilées par catégorie d’administrations publiques depuis seulement 1978, année où leur total atteignait 46,8 % du PIB. Il a augmenté de 10,4 points de PIB de 1978 à 2025.
Les dépenses de l’Etat comprennent des dotations aux administrations publiques locales et, plus marginalement, sociales. La somme des dépenses des administrations centrales (Etat et organismes publics non-marchands sous son contrôle), locales et sociales (60,8 % du PIB en 2025) est ainsi supérieure au total des dépenses publiques (57,2 % en 2025), qui est calculé en consolidant les transferts entre les diverses administrations publiques.
Sous cette réserve, la hausse du total des dépenses publiques sur ces 47 années provient principalement, à hauteur de 7,8 points, des administrations sociales, dont les dépenses sont passées de 19,0 % du PIB en 1978 à 26,8 % en 2025.
Les administrations publiques locales y ont contribué pour 3,1 points, leurs dépenses passant de 8,1 % du PIB en 1978 à 11,2 % en 2025. Toutefois, cette augmentation résulte pour environ la moitié des transferts de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales.

Source : Insee ; FIPECO
Les dépenses des administrations centrales sont un peu plus faibles en 2025 (22,8 % du PIB) qu’en 1978 (24,2 %) après avoir connu au cours de cette période d’importantes fluctuations liées à la conjoncture économique mais aussi aux transferts de compétences et aux variations des dotations aux autres administrations publiques.
D) Les dépenses par fonction
La répartition des dépenses publiques par fonctions (retraites, santé, éducation, défense etc.) est seulement disponible de 1995 à 2024. Sur cette période, le total des dépenses publiques a augmenté de 1,2 point de PIB et les dépenses primaires (hors charges d’intérêts de la dette) se sont accrues de 2,5 points.

Source : Insee ; FIPECO
En pourcentage du PIB, les dépenses publiques de retraite ont augmenté de 2,0 points et les dépenses publiques de santé de 1,9 points.
Le poids de la fonction « services généraux » (Premier ministre et assemblées, services fiscaux et comptables, diplomatie, fonctions supports des collectivités locales…)[1] a diminué de 0,8 point.
Les « affaires économiques » constituent un ensemble hétérogène de dépenses affectées notamment à des secteurs comme les transports, l’énergie ou l’agriculture dont le total est en baisse de 0,7 point (il a nettement augmenté en 2020 du fait de dépenses exceptionnelles qui ont ensuite été supprimées).
En pourcentage du PIB, les dépenses d’enseignement ont décru de 0,7 point.

Source : Insee ; FIPECO
Les dépenses militaires ont fortement diminué (- 0,7 point de PIB) de 1995 à 2005 puis sont restées relativement stables. Celles qui sont affectées à la sécurité intérieure (justice et forces de l’ordre) ont légèrement augmenté (+ 0,3 point). Les dépenses environnementales se sont accrues (+ 0,5 point) et le coût de la politique de l’emploi a légèrement diminué (- 0,2 point).

Source : Insee ; FIPECO
Les dépenses publiques affectées à la famille ont baissé de 0,4 point de PIB et celles affectées à la lutte contre l’exclusion ont cru de 0,3 point[2]. Les dépenses culturelles et de loisirs ont augmenté de 0,4 point, surtout de 1995 à 2010, et le coût de la politique du logement a légèrement baissé (- 0,1 point).

Source : Insee ; FIPECO