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Les fiches de l’encyclopédie                                                          I) Les comptes publics

 

9) Les comptes combinés des participations de l’Etat

 

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Les « entreprises publiques » sont, pour l’Insee, des entreprises sur lesquelles l’Etat peut exercer, directement ou indirectement, une influence dominante en disposant de la majorité du capital ou de la majorité des voix dans les instances de direction, quel que soit le statut juridique de ces entreprises (sociétés ou établissement public, comme la SNCF, notamment)[1]. L’Insee en recensait 89 contrôlées directement par l’Etat (têtes de groupe pour la plupart) et 1 625 contrôlées directement ou indirectement à la fin de 2015. Celles-ci employaient près de 800 000 personnes, soit 5 % des effectifs salariés du secteur privé non agricole en France (contre près de 20 % en 1985). Ce ratio situait la France au 5ème rang des 40 pays retenus par l’OCDE dans sa dernière étude sur les entreprises publiques. Elles réalisaient 5 % de la valeur ajoutée des entreprises françaises (contre 25 % en 1985)[2].

 

Bien que le concept de comptes consolidés du secteur public existe en comptabilité nationale, il n’existe pas de comptes agrégeant les comptes individuels de ces entreprises publiques ou les consolidant avec ceux de l’Etat en France. Les seuls documents comptables donnant une vision d’ensemble des comptes des entreprises sur lesquelles l’Etat peut exercer une influence sont les « comptes combinés des participations de l’Etat » établis par l’agence des participations de l’Etat (APE), qui est un service du ministère des finances. Ils sont publiés dans le rapport financier de l’APE et leurs principaux résultats sont présentés dans le rapport annuel sur l’Etat actionnaire annexé au projet de loi de finances.

 

Si le droit des sociétés distingue les filiales des participations par le taux de détention du capital (plus de 50 % pour les premières et de 10 à 50 % pour les deuxièmes), les participations dont il s’agit ici désignent des entités sur lesquelles l’Etat exerce une influence significative indépendamment de la part du capital qu’il détient[3].

 

Cette fiche présente les principales caractéristiques de ces comptes combinés et l’image qu’ils donnent des participations de l’Etat pour 2016 et les années précédentes.

A)  Les principales caractéristiques

 

Les comptes combinés d’un ensemble d’entreprises se distinguent des « comptes consolidés » d’un groupe d’entreprises essentiellement par l’absence de prise en compte de la « société-mère » qui serait, en l’espèce, l’Etat. Pour le reste, les techniques de combinaison et de consolidation sont semblables. Le projet d’établir des comptes consolidés de l’Etat existe depuis longtemps mais n’a jamais connu un début de mise en œuvre.

 

Les sociétés (comme EDF) ou les établissements publics (comme la SNCF) dans lesquels l’Etat détient une participation ou qu’il possède sont généralement eux-mêmes à la tête d’un groupe dont ils consolident les comptes. Les comptes consolidés de ces entités sont « globalement intégrés » dans les comptes combinés lorsqu’elles sont contrôlées par l’Etat, ce qui signifie que les créances et dettes réciproques et les flux de produits et charges entre les entités du périmètre de combinaison sont neutralisées.

 

Ils sont « mis en équivalence » dans les comptes combinés lorsque l’Etat dispose seulement d’une influence notable, qui est présumée lorsqu’il dispose d’au moins 20 % des droits de vote ou siège dans un comité ayant un pouvoir significatif. La mise en équivalence consiste à seulement prendre en compte les fonds propres et les résultats de ces entités dans les comptes combinés au prorata de la quote-part de l’Etat dans leur capital.

 

Les comptes combinés ne retiennent que des sociétés ou des établissements publics sur lesquels l’Etat exerce une influence et dont l’activité principale est marchande. Ceux qui ont une activité principalement non marchande sont les « opérateurs » de l’Etat pour lequel ils assurent généralement une mission de service public[4].

 

En raison de l’indépendance que leurs statuts leur confèrent, ni la Banque de France ni la Caisse des dépôts et consignations ne sont comprises dans le périmètre des comptes combinés. En revanche, le groupe BPI France, détenu par l’Etat à parité avec la Caisse des dépôts et consignations, y est inclus.

 

En pratique, le périmètre des comptes combinés correspond à l’ensemble des entités « significatives » relevant du domaine de compétence de l’agence des participations de l’Etat tel que défini dans le décret, modifié, qui l’a créée.

 

Les entreprises dont les comptes de 2016 ont été combinés sont au nombre de 62 et les principales, en termes de chiffre d’affaires, sont indiquées dans le tableau ci-dessous (hors établissements financiers).

 

Les principales entreprises non financières retenues dans les comptes combinés de 2016

 

Entreprise

Part Etat du capital (%)

Chiffre d’affaires (Md€)

Résultat net part du groupe (Md€)

EDF

85,6

71,2

2,9

ENGIE

32,8

66,6

- 0,4

Airbus

11,1

66,6

1,0

PSA

12,9

54,0

1,7

Renault

19,7

51,2

3,4

Orange

13,4

40,9

2,9

SNCF

100 (EPIC)

32,3

0,6

Air France KLM

17,6

24,8

0,8

La Poste

73,7

17,7

0,8

Source : APE ; FIPECO.

 

Ces comptes combinés sont établis par l’agence des participations de l’Etat sur la base d’un « manuel de combinaison » qui en précise les principes et méthodes. Ils font l’objet d’un avis d’un groupe de quatre personnalités indépendantes et qualifiées.

 

Il y a 13 entreprises cotées et la valorisation boursière du portefeuille des participations de l’Etat s’élevait à 66 Md€ au 30 juin 2017, en baisse de 11 % sur un an (contre une hausse de 5 % pour le CAC40). Le secteur de l’énergie en représente la moitié.

B)  Les derniers comptes combinés

1)    Les comptes de 2016

 

Les principaux éléments de la situation financière des participations de l’Etat ainsi combinées en 2016 sont : un total du bilan de 821 Md€, dont 443 Md€ d’actifs non courants et 302 Md€ de passifs non courants, et 99 Md€ de capitaux propres.

 

Le bilan au 31 décembre 2016 (Md€)

 

Actif

 

Passif

 

 

 

Capitaux propres

99

Actifs non courants dont :

Immobilisations corporelles

Actifs financiers

Titres mis en équivalence

443

219

66

57

Passifs non courants dont :

Passifs financiers

Provisions

302

157

73

Actifs courants dont :

Prêts bancaires (1)

Créances d’exploitation

373

224

57

Passifs courants dont :

Dettes de l’activité bancaire

Dettes d’exploitation

418

278

65

Total actifs

821

Total passifs

821

Source : APE ; FIPECO. (1) Activité de la banque postale du groupe La Poste.

 

Les principaux éléments du compte de résultat combiné de 2016 sont : un chiffre d’affaires de 144 Md€, un résultat opérationnel de 13 Md€, une charge financière nette de 6 Md€ et un résultat net part du groupe de 7 Md€.

 

Le compte de résultat de 2016 (Md€)

 

Charges

 

Produits

 

Personnel

Achats et charges externes

47

81

Chiffre d’affaires

Produit net bancaire (1)

144

6

Résultat opérationnel

13

 

 

 

 

Résultat financier

- 6

Résultat avant impôt

7

 

 

 

 

Impôts sur les bénéfices

3

Résultat des sociétés mises en équivalence

3

 

 

Résultat net part du groupe

7

 

 

Source : APE ; FIPECO. (1) Activité de la banque postale du groupe La Poste.

 

 

2)    Les performances financières depuis 2006

 

Les rapports annuels relatifs à l’Etat actionnaire et les programmes annuels de performance du compte d’affectation spéciale des participations financières de l’Etat, qui enregistre les opérations en capital (acquisitions et cessions de titres…) entre celui-ci et les entités où il détient une participation, présentent plusieurs indicateurs financiers qui permettent d’apprécier les performances financières de l’Etat actionnaire. Toutefois, ces indicateurs n’ont pas toujours été les mêmes et leur méthode de calcul a parfois changé au cours des dix dernières années. Ces rapports donnent la valeur de ces indicateurs pour l’année passée et leur valeur « pro forma » pour l’année précédente, mais rarement une série à méthodologie constante sur plus de deux années.

 

Les indicateurs retenus ici sont des ratios, moins sensibles aux variations du périmètre des entreprises dont les comptes sont combinés, qui ont pour caractéristiques de figurer dans les rapports des dix dernières années, ou de pouvoir être reconstitués avec les données qui y figurent, et de ne pas avoir été affectés par des changements méthodologiques trop importants au vu des écart entre leurs valeurs courantes et pro forma.

 

Trois ratios ont été retenus : la rentabilité financière, définie comme le rapport du résultat net part du « groupe Etat » au montant des capitaux propres (hors intérêts minoritaires) ; le taux de distribution, défini comme le rapport entre les dividendes versés à l’Etat (y compris en titres) et le résultat net part du groupe de l’année précédente ; le taux d’endettement, défini comme le rapport entre la dette financière nette et le montant des capitaux propres.

 

Ces ratios ont été comparés à des indicateurs semblables retenus par le cabinet Ricol Lasteyrie dans ses « profils financiers » annuels des sociétés du CAC 40.

 

Sources : Rapports annuels relatifs à l’Etat actionnaire ; « profils financiers du CAC 40 » du cabinet Ricol et Lasteyrie ; FIPECO.

 

 

Sources : Rapports annuels relatifs à l’Etat actionnaire ; « profils financiers du CAC 40 » du cabinet Ricol et Lasteyrie ; FIPECO. Le taux de distribution des participations de l’Etat en 2016 sur ce graphique est conventionnel car l’Etat a reçu des dividendes en 2016 sur un résultat net 2015 négatif.

 

 

Sources : Rapports annuels relatifs à l’Etat actionnaire ; « profils financiers du CAC 40 » du cabinet Ricol et Lasteyrie ; Hors banques et assurances ; FIPECO.

a)     Les années 2006 à 2010

 

Les performances des entreprises dont l’Etat est actionnaire ont été plutôt satisfaisantes dans les années 2006 à 2010 par rapport à celles des sociétés du CAC40.

 

La rentabilité financière des participations de l’Etat s’est élevée à 18 % en moyenne annuelle, nettement au-dessus de celle des sociétés du CAC 40 (11 %).

 

L’Etat a reçu en moyenne 55 % du résultat net part du groupe de l’année précédente sous forme de dividendes, soit un peu moins que les actionnaires des sociétés du CAC 40 (61 %)[5].

 

Les sociétés dans lesquelles l’Etat détient une participation sont beaucoup plus endettées que celles du CAC 40 (hors banques et assurances) en pourcentage de leurs capitaux propres. Toutefois, de 2006 à 2010, leur taux d’endettement a diminué, passant de 150 à 100 %, alors que celui des sociétés du CAC40 (hors banques et assurances) est resté à peu près stable à environ 25 %.

b)     Les années 2011 à 2015

 

Les performances des entreprises dans lesquelles l’Etat détient une participation se sont fortement dégradées au cours des années 2011 à 2015.

 

Leur rentabilité financière est tombée à 2 % en moyenne, avec même un taux négatif (-11 %) en 2015, soit nettement au-dessous de celle des sociétés du CAC 40 (7 %).

 

L’Etat a néanmoins reçu 181 % du résultat de ses participations sous forme de dividendes, contre 68 % pour les actionnaires des sociétés du CAC 40, et ainsi fragilisé leur situation financière, même si une partie de ces dividendes a été versée en actions. L’Etat a notamment prélevé 3,5 Md€ de dividendes en 2016 sur un résultat 2015 négatif (- 10,1 Md€).

 

Le taux d’endettement est en conséquence remonté jusqu’à 150 % en 2015 tandis que celui des sociétés du CAC 40 était plutôt sur une tendance baissière (de 25 à 22 %).

c)     L’année 2016

 

En 2016, les performances financières des participations de l’Etat ont été meilleures, avec un résultat net part du groupe de 7,3 Md€, et la politique de dividendes de l’Etat a été plus favorable à leur structure de bilan qui s’est stabilisée.

 

La rentabilité financière des sociétés dont l’Etat est actionnaire est remontée à 7,9 %, soit presque au même niveau que celle des sociétés du CAC 40 (8,2 %).

 

L’exercice 2015 avait été marqué par des dépréciations exceptionnelles du groupe SNCF qui expliquent un résultat très négatif. Les résultats de 2016 doivent donc être plutôt comparés à ceux de 2014, ce qui fait apparaître une amélioration du résultat net part du groupe mais avec quelques éléments de fragilité. Si le résultat des sociétés mises en équivalence est meilleur (secteur automobile notamment), le bénéfice avant impôts, dépréciations et amortissement des autres sociétés est en baisse (secteur de l’énergie surtout) et leur résultat financier se dégrade, ce qui est compensé par de moindres provisions.

 

L’Etat a reçu en 2017 des dividendes, en partie en actions, qui représentaient 38 % du résultat net part du groupe de 2016, contre 60 % pour les actionnaires des sociétés du CAC 40.

 

L’endettement net des participations de l’Etat a été stabilisé en pourcentage des capitaux propres, mais à un niveau très élevé (150 %) et de très loin supérieur à celui des sociétés du CAC 40 (18 %), toujours sur une pente descendante.

 

[1] Cette définition est proche de celle que donne la directive 80/723/CEE relative à la transparence des relations financières entre les Etats membres et les entreprises publiques.

[2] Tableaux de l’économie française ; Insee ; édition 2017.

[3] Les établissements publics, comme la SNCF, n’ont d’ailleurs pas de capital social.

[4] Certains de ces opérateurs détiennent eux-mêmes des participations dans des sociétés du secteur marchand.

[5] Montant des dividendes rapporté au montant du résultat net part du groupe pour l’ensemble des entités prises en compte, ce qui correspond à un taux moyen de distribution.