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FIPECO le 05.11.2025

Les fiches de l’encyclopédie                                           VI) La masse salariale publique

                                                         

 

 

3) La durée du travail dans la fonction publique

Cette fiche présente la durée du travail dans les trois fonctions publiques, en la comparant avec celle des salariés du secteur privé : durée annuelle à temps complet en 2023 et 2024 ; absentéisme ; formes particulières d’organisation du travail ; évolutions passées.

A) La durée annuelle à temps complet en 2024

La durée annuelle légale du travail est de 1 607 heures pour les fonctionnaires comme pour les salariés du secteur privé.

Selon la direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail (Dares), la durée annuelle du travail à temps complet est de 1 592 heures en 2024 (1 582 heures en 2023) dans la fonction publique en incluant les enseignants et de 1 638 heures en les excluant (1634 en 2023), contre 1 682 heures pour les salariés du secteur privé (1 695 en 2023).

Selon le rapport publié en octobre 2025 sur l’état de la fonction publique par le service statistique du ministère chargé de celle-ci, la durée annuelle du travail à temps complet des fonctionnaires est en moyenne de 1 637 heures en 2024, hors enseignants, contre 1 684 heures pour les salariés du secteur privé, soit un écart de 3 %, sur la base d’une exploitation de l’enquête emploi de l’Insee[1].

Le service statistique du ministère de la fonction publique exclut les enseignants de son estimation de la durée du travail car il considère que leur temps de travail est particulièrement difficile à mesurer et que leurs réponses à l’enquête emploi de l’Insee ne sont pas cohérentes avec leurs réponses à une autre enquête exploitée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’Education Nationale.

Leur durée hebdomadaire habituelle à temps complet (y compris à domicile pour préparer les cours, corriger les copies…) en 2018 est estimée à 43 heures (médiane) hors vacances scolaires dans une publication d’octobre 2022 de la DEPP. Il y apparaît également qu’ils travaillent 35 jours sur les 80 jours de congés scolaires (16 semaines de 5 jours) mais la durée travaillée chaque jour pendant ces périodes de congé n’est pas précisée.

Les données plus précises qui sont présentées ci-dessous, tirées du rapport du service statistique du ministère de la fonction publique, ne concernent que les fonctionnaires hors enseignants.

La durée annuelle du travail est supérieure à la durée légale de 1 607 heures dans les fonctions publiques d’État et hospitalière. Elle lui est légèrement inférieure dans la fonction publique territoriale. Dans les services de l’État, elle est supérieure à celle des salariés du secteur privé.

La durée hebdomadaire habituelle du travail est en moyenne identique dans les secteurs public et privé. Celle des fonctionnaires de l’État est plus élevée et celle des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers plus faible que celle des salariés du secteur privé.

Les heures supplémentaires qui apparaissent dans le tableau suivant sont celles qui sont effectuées au-delà de la durée légale, ou de la durée prévue par l’employeur si elle en diffère, sur une semaine de référence extrapolée sur l’année. Elles sont plus nombreuses dans les services de l’État et dans les hôpitaux que dans le secteur privé, moins nombreuses dans les collectivités locales.

Les agents de la fonction publique d’État ont pris en moyenne 36 jours de congé et de RTT en 2024, les fonctionnaires territoriaux 32 jours et les fonctionnaires hospitaliers 29 jours, contre 26 jours pour les salariés du secteur privé. Les jours de congés et de RTT sont donc plus nombreux dans les fonctions publiques que dans le secteur privé. S’agissant de l’État, ce sont pour une bonne part des jours de RTT qui compensent une durée hebdomadaire habituelle plus élevée que dans le secteur privé.

La durée du travail en 2024

 

Salariés secteur privé

Secteur public

 

 

Secteur public hors enseignants

État hors enseignants

Collectivités locales

Hôpitaux

Heures annuelles

1 684

1 592

1 637

1 701

1 599

1 617

Heures hebdomadaires habituelles

39,0

ND

39,0

40,5

38,1

38,6

Heures supplémentaires dans l’année

40

ND

55

76

38

55

Jours de congé et RTT

26,0

ND

32,8

36,4

32,3

28,7

Source : rapport sur l’état de la fonction publique de 2025, Insee, Dares, FIPECO

NB les jours de congés sont décomptés en jours ouvrés (soit 5 par semaine) alors qu’ils sont parfois décomptés en jours ouvrables (soit 6 par semaine). La durée hebdomadaire est une durée habituelle sans événements tels que jours fériés, congés, arrêts pour maladie… ni heures supplémentaires exceptionnelles. La durée annuelle est réduite du fait des congés (y compris pour maladie), jours de RTT et jours fériés et augmentée des heures supplémentaires exceptionnelles. Les heures annuelles et hebdomadaires sont celles des seuls salariés à temps complet ; les jours de congés et RTT sont ceux de tous les salariés et ne comprennent pas les congés pour maladie.

Les cadres et professions intellectuelles supérieures ont une durée annuelle de travail à temps complet de 1 785 heures, les professions intermédiaires de 1 580 heures et les ouvriers et employés de 1 604 heures en moyenne dans l’ensemble des trois fonctions publiques.

Les collectivités locales ont une durée annuelle du travail inférieure à la durée légale. Une enquête de la Cour et des chambres régionales des comptes dans 103 collectivités publiée en 2016 avait mis en évidence une durée annuelle de 1 562 heures. Le nombre de jours de congé hors RTT paraissait important sous l’effet notamment d’autorisations d’absence accordées localement (« jours du maire » et congés pour événements familiaux, par exemple).

Dans son bilan d’étape, publié en novembre 2023, de la loi de transformation de la fonction publique de 2019, la Cour des comptes rappelait qu’elle prévoit une harmonisation des autorisations d’absence pour raison familiale et la suppression des régimes dérogatoires à la durée légale du travail existants dans la fonction publique territoriale, mais aussi dans certains services de l’Etat. Ses investigations la conduisaient à observer que « la problématique de l’harmonisation du temps de travail dans la fonction publique demeure et semble connaître des phénomènes de résistance quel que soit le versant de la fonction publique concernée ».

Elle a d’ailleurs publié en janvier 2024 un référé d’octobre 2023 où elle souligne que, malgré ses observations précédentes, la durée annuelle du travail à temps complet des 77 000 agents non enseignants des universités était encore seulement de 1 467 heures en moyenne.

Les données publiées dans le rapport annuel d’octobre 2025 sur l’état de la fonction publique font apparaitre une durée annuelle plus proche de la durée légale dans les collectivités locales en 2024, ce qui laisse penser que la loi de 2019 a tout de même eu un impact significatif.

B) Les absences

Les données disponibles sur les absences dans la fonction publique sont lacunaires, hétérogènes et parfois incohérentes. Quelques indications à prendre avec précaution peuvent néanmoins en être tirées.

Selon le rapport de 2025 sur l’état de la fonction publique, 5 % des fonctionnaires (toutes fonctions publiques, dont 4 % pour l’État, 6 % pour les collectivités territoriales et 6 % pour les hôpitaux), ont été absents pour raison de santé au moins un jour au cours de la semaine précédant l’enquête en 2024 (5 % dans le secteur privé).

Le nombre moyen de jours d’absence pour raison de santé dans l’année est de 11,1 dans la fonction publique en 2024 (8,8 pour l’État hors enseignants, 8,2 pour les enseignants, 13,3 pour les fonctionnaires territoriaux et 12,9 pour les fonctionnaires hospitaliers) contre 10,6 dans le secteur privé.

Une analyse des facteurs explicatifs des arrêts maladie, présentée dans le rapport sur l’état de la fonction publique de 2015, montrait que, toutes choses égales par ailleurs c’est-à-dire en tenant compte par exemple de l’état de santé effectif des agents et des conditions de travail, la probabilité d’avoir un arrêt maladie dans l’année était plus élevée dans les fonctions publiques territoriale et d’Etat que dans le secteur privé et la fonction publique hospitalière.

C) Les formes atypiques d’organisation du travail

Des catégories nombreuses de fonctionnaires ont une organisation du travail et des sujétions particulières comme des horaires décalés, un travail de nuit ou les travaux effectués par les enseignants à leur domicile.

Ces régimes et organisations spécifiques ne correspondent pas nécessairement à des durées réelles de travail inférieures à 35 ou 1 607 heures. Si les obligations réglementaires de service des enseignants leur imposent un temps de présence en classe qui est inférieur, ils effectuent de nombreuses heures de travail hors des classes (corrections de copies, réunions avec les élèves et parents…), mais elles ne sont pas soumises à des normes et elles sont moins bien connues.

Certains agents ont des cycles de travail qui les conduisent à être disponibles plus de 35 heures par semaine. Dans ce cas, ils bénéficient de congés supplémentaires (jours de RTT).  Dans une même administration, plusieurs cycles peuvent être offerts aux agents. Un référé de 2020 de la Cour des comptes montre que l’organisation du travail dans la police nationale est ainsi d’une très grande complexité.

Certaines formes atypiques d’organisation du travail sont plus fréquentes dans le secteur public que dans le secteur privé (34 % contre 19 % pour le travail le dimanche et 34 % contre 26 % pour le travail en soirée, par exemple).

La part des télétravailleurs est de 18 % dans la fonction publique en 2024 (35 % pour l’État hors enseignants, 14 % pour les collectivités locales et 6 % dans les hôpitaux) contre 22 % dans le secteur privé.

Les agents à temps partiel représentent 10 % des fonctionnaires titulaires de l’État, 16 % des territoriaux et 21 % des hospitaliers en 2024. Près de 50 % d’entre eux ont une durée du travail égale à 80 ou 90 % de la durée de référence. Les contractuels sont plus souvent à temps partiel (30 % pour la fonction publique d’État, 33 % pour la territoriale et 24 % pour l’hospitalière).

D) La durée annuelle à temps complet de 2006 à 2024

Si on excepte les années 2020 et 2021, la durée annuelle du travail à temps complet des salariés du secteur privé est assez stable, autour de 1 700 heures. Celle des fonctionnaires est légèrement croissante, notamment depuis quelques années, et se rapproche de la durée légale (enseignants inclus) ou la dépasse (enseignants exclus) en 2024. Cette évolution n’est sans doute pas sans rapport avec la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 qui a prévu la suppression des régimes dérogatoires permettant une durée du travail inférieure à la durée légale.

Sources : Dares ; FIPECO. Les données publiées par la direction générale de l’administration et de la fonction publique sont légèrement différentes de celles de la DARES.

 

[1] Cette enquête repose sur les déclarations des salariés mais, selon le service statistique du ministère du travail, les durées annuelles qui en sont tirées constituent la meilleure référence, les durées déclarées par les employeurs étant souvent collectives et théoriques. Les chiffres publiés par les services statistiques des ministères du Travail et de la Fonction publique sur la base de cette même enquête sont très légèrement différents.